Mercredi 19 janvier

Les jours passent de manière discontinue…

C’est étrange comme certains jours semblent être immobiles, dans le sens où j’ai l’impression qu’il ne se passe rien d’encourageant pour mes recherches; et d’autres sont si intenses que l’on se retrouve trop rapidement dans son lit le soir…

Ce mercredi est un de ce jours intenses. Avec Nani, nous sommes allés à une manifestation organisée pour les familles Roms. Ils réclamaient une entrevue avec le maire Sorin Apostu. Ils exigeaient d’être entendus et considérés comme des « cetăţean”, des citoyens. J’y ai rencontré Maria, une grand-mère de Pata Rat, ainsi que Nicoleta et Andréa, deux étudiantes venues à Cluj pour les études.

Nous avons pu nous rendre le soir même à Pata Rat. Nani, Romain, Laura la traductrice et moi même. Nous sommes arrivés à la tombée de la nuit, après être sortis de la ville, après avoir traversé une zone indéfinissable où se mêlaient de grands hangars d’insdustries modernes et des baraques en bois. Ensuite il faut monter sur la colline en longeant la décharge. Le « lotissement » est constitué d’une « rue » centrale avec de chaque côté 6 ou 5 maisons.

C’est Sebesi Titisor qui nous reçus et introduit chez lui. Nous-nous sommes retrouvés dans ce qui semblait être en salon mais qui est en réalité l’unique pièce où vivent une dizaine de personnes.

Ils ont raconté, ils ont dits et redit leur histoire. Ils ont parlés près d’une heure, une heure pendant laquelle nous serrions nos mains l’une contre l’autre dans un réflexe de timidité ou d’impuissance, quelque chose d’indéfinissable…

Nous avons parlé à notre tour, nous avons expliqué notre projet et pourquoi nous étions ici.

Mais nous avons besoin de temps nous-mêmes pour y réfléchir. Il nous faut être clair avec nous-mêmes pour pouvoir l’être avec eux. Que pouvons nous faire ? Nous ne sommes pas des sauveurs, et parce que nous venons d’autres pays nous ne disposons pas de pouvoirs supplémentaires.

Ils nous ont offert un verre de limonade et des cigarettes. Nani a pu sortir sa caméra. Nous avons pris des photos des documents administratifs envoyés par la mairie. Nous avons convenu de revenir samedi pour passer la journée là-bas.

Mais il faut que ces deux heures passées à Pata Rat « redescendent », que nous filtrions les émotions pour pouvoir être concret et efficace.

Ce jour là, j’ai eu de bons contacts avec les femmes de la famille. Paloma a déjà travaillé avec des femmes gitanes lors de sa résidence à Tarragona. Je suis donc dans la continuité de son travail et je me réjouis d’avance des moments qui m’attendent avec ces mères de familles, ces jeunes femmes et ces grand-mères. Que vont t’elles me raconter ? Est ce qu’elles resteront sur l’histoire de l’expulsion en exprimant des choses bien maternelles, comme j’ai déjà pu en entendre cette fois là ? Certaines m’ont dit que leurs enfants n’avaient pas pu voir le père noël de l’école parce qu’ils ont du partir avant. D’autres m’expliquent qu’elles ne peuvent pas laver leurs enfants correctement parce qu’il n’y a pas d’eau chaude. Ce sont des émotions de mères.

Est ce que j’arriverais à installer suffisamment de confiance pour qu’elles me parlent de qui elles sont réellement ?

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